#12. Un océan, deux mers, trois continents – Wilfried N’Sondé

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Les larmes de dépit se transformèrent en une sorte de rage, un sentiment nouveau, l’envie de riposter, que la colère contenue dans ma gorge rejoigne un jour la fureur des hurlements des esclaves, et que l’écho de nos cris conjugués résonne si fort qu’il effraie les bourreaux.

Note : 4/5

J’ai lu le dernier livre de Wilfired N’Sondé, un musicien et écrivain né en 1968 à Brazzaville qui a été publié en janvier 2018 chez Actes Sud.

A l’heure où j’écris cette chronique, j’ai terminé le livre depuis quelques minutes et je suis encore touchée par ce récit bouleversant qui décrit la cruauté et les horreurs dont les hommes sont capables.

Tout au long du livre, nous suivons Nsaku Ne Vunda, un personnage  méconnu de l’Histoire, qui a pourtant une statue de marbre appelé « Nigrita » érigée à son effigie à Rome à la demande du Pape Paul V.

Né vers 1583 sur les rives du fleuve Kongo, Nsaku Ne Vunda est orphelin. Eduqué par les missionnaires, baptisé Dom Antonio Manuel le jour de son ordination, il est chargé, au début du XVIIe siècle, par le roi des Bakongos de devenir son ambassadeur auprès du pape. Il fait ses adieux à son Kongo natal, des rêves plein la tête, impatient de fouler les pieds du Vatican qu’il imagine comme une terre promise éclairée par la lueur divine. Cependant, le jeune prêtre ignore que le long voyage censé le mener à Rome va passer par le Nouveau Monde, et que le bateau sur lequel il s’apprête à embarquer est chargé d’esclaves.

C’est un roman d’aventure qui emmène le personnage dans une série de péripéties pareil au Candide de Voltaire. Wilfried N’Sondé nous emmène dans un bateau négrier en direction des plantations du Nouveau Monde et nos traits se crispent en lisant les horreurs que les esclaves, considérés comme des sous-hommes, subissent pour alimenter le commerce d’hommes dépourvus de toute humanité. Ensuite, on rejoint le marché aux esclaves et l’Inquisition espagnole aussi cruelle et inhumaine que les commerçants, les dirigeants et tous les autres qui profitent de ce commerce triangulaire atroce.

On se rend compte des intérêts du monde occidental, incluant le Saint-Siège, qui a puisé dans l’Afrique les ressources de sa croissance florissante en laissant dépérir ce continent et en obligeant ses habitants à n’être que des outils humains à leurs services. On grimace encore en comprenant le rôle qu’on jouait certains rois africains en précipitant leur pays aux mains d’hommes sans âme pour accumuler les biens matériels et certains habitants d’Afrique prêts à vendre leurs propres voisins pour un peu d’argent.

Ce livre, c’est aussi un fervent plaidoyer pour la tolérance et on ne peut que le refermer en pensant à notre monde et en faisant tout notre possible pour en faire une terre où les valeurs d’égalité et de fraternité seront portées en étendard.

En résumé, ce roman est sublime et magnifiquement écrit par Wilfired N’Sondé qui nous raconte de sa plume poétique et généreuse les affres de l’esclavage et nous invite à nous rappeler ces sombres moments de notre histoire pour aller vers un monde meilleur, plus égal et plus fraternel.

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